Publié le 12 mars 2024

Contrairement à une idée reçue tenace, une journée de ski alpin brûle souvent bien moins de calories que vous ne l’imaginez, à cause du temps d’attente et des pauses. La clé de la performance et du bien-être en montagne ne réside pas dans la quantité, mais dans la précision : choisir le bon carburant au bon moment, maîtriser son hydratation pour déjouer les pièges de l’altitude, et optimiser sa récupération avec des produits locaux et efficaces comme le séré.

La scène est un classique des week-ends suisses : après une journée sur les pistes, la récompense ultime semble être une fondue ou une raclette bien méritée. La logique est simple et réconfortante : « J’ai dépensé, donc je peux compenser. » Cette croyance, ancrée dans notre culture alpine, repose pourtant sur une perception souvent faussée de notre dépense énergétique réelle. En tant que coach sportif spécialisé en nutrition, je vois chaque jour des sportifs amateurs, pleins de bonne volonté, saboter leur énergie et leur récupération en suivant des mythes alimentaires tenaces.

On vous a sûrement conseillé de « bien vous hydrater » et de « manger des sucres pour tenir ». Si ces bases sont justes, elles sont dramatiquement incomplètes. Le véritable enjeu n’est pas de manger plus, mais de manger *mieux*, avec une précision quasi physiologique. Et si la vérité était contre-intuitive ? Si, pour performer et vous sentir bien du premier au dernier virage, la clé était de revoir à la baisse vos apports caloriques tout en optimisant radicalement leur qualité et leur timing ?

Cet article va déconstruire, chiffre à l’appui, les idées reçues sur l’alimentation du sportif en montagne. Nous allons analyser la dépense réelle, choisir le carburant le plus efficace pour chaque situation, déjouer les pièges métaboliques comme l’hypoglycémie réactionnelle, et découvrir pourquoi certains aliments typiquement suisses sont vos meilleurs alliés. Préparez-vous à changer votre vision de la nutrition sportive, pour plus d’énergie sur les cimes et moins de « coups de barre » à la descente.

Pour naviguer efficacement à travers ces stratégies nutritionnelles, voici les thèmes que nous allons aborder. Chaque section est conçue pour répondre à une question pratique que vous vous posez sur le terrain, en vous donnant des outils concrets et adaptés au contexte suisse.

Pourquoi une heure de ski de piste ne brûle pas autant de calories que vous le croyez ?

Le premier mythe à déconstruire est celui de la dépense calorique gargantuesque du ski alpin. Si une journée complète sur les pistes est fatigante, le temps d’effort musculaire *réel* est bien plus faible qu’on ne le pense. Entre les attentes aux remontées mécaniques, les trajets en télésiège et les pauses, le temps de glisse effectif dépasse rarement 20 minutes par heure. Pour un skieur confirmé, cela représente une dépense réelle de 165 à 200 kcal par heure passée en station, loin des 500-600 kcal souvent annoncées qui ne concernent que l’effort continu.

Cette différence est fondamentale. Une étude de Stöggl et ses collaborateurs a même montré qu’il fallait environ 2h30 de ski alpin pour égaler la dépense énergétique d’une seule heure de ski de fond. Le caractère intermittent du ski de descente, surtout dans les grandes stations comme Verbier où les files d’attente peuvent réduire le temps de pratique à moins de 25%, change totalement la donne nutritionnelle. Il faut ajouter à cela un facteur souvent oublié : la thermorégulation. En effet, la lutte contre le froid intense en altitude consomme environ 100 kcal/heure supplémentaires, une dépense non négligeable mais qui ne justifie pas un repas de fête à chaque pause.

Pour y voir plus clair, le tableau suivant, basé sur des données compilées et adaptées, met en perspective la dépense calorique brute (pendant l’effort) et la dépense réelle rapportée à une heure de présence en montagne.

Dépense calorique réelle selon le type de pratique du ski
Type d’activité Calories/heure Temps réel de pratique Calories réelles/heure totale
Ski alpin débutant 300-400 kcal 33% (20 min) 100-130 kcal
Ski alpin confirmé 500-600 kcal 33% (20 min) 165-200 kcal
Ski de randonnée 600-900 kcal 90% (54 min) 540-810 kcal
Marche en montagne 300-400 kcal 100% (60 min) 300-400 kcal

Barre de céréales ou fruits secs : quel est le meilleur carburant pour gravir 1000m de dénivelé ?

Maintenant que la dépense est clarifiée, parlons du carburant. Lors d’un effort d’endurance comme une randonnée ou du ski de randonnée, le choix de l’en-cas est stratégique. L’erreur commune est de se fier aux barres de céréales industrielles, souvent riches en sucres simples et peu adaptées aux conditions de montagne. Le carburant intelligent se trouve souvent dans des options plus simples et locales. Les fruits secs, comme les excellents abricots du Valais, offrent une diffusion d’énergie plus progressive grâce à leur richesse en fibres et en minéraux comme le potassium, essentiel à la contraction musculaire.

Gros plan macro sur des textures d'abricots secs du Valais et de barres énergétiques sur une surface rocheuse alpine

Le choix dépend aussi de l’altitude et de la température. À plus de 2500 mètres, la digestion des fibres devient plus difficile et l’hypoxie réduit l’efficacité de notre système digestif. Dans ce contexte, une barre à assimilation plus rapide (comme les classiques Farmer ou Ovomaltine Crisp suisses) peut devenir pertinente. Par temps très froid (-10°C), une barre de céréales peut se transformer en un bloc de glace immangeable, tandis que les fruits secs restent malléables. La clé est la flexibilité métabolique et l’adaptation au terrain.

Voici une stratégie simple à adopter pour vos en-cas en montagne :

  • Avant 2500m : Privilégiez les fruits secs (abricots, dattes, figues) pour leur richesse en fibres et minéraux.
  • Au-dessus de 2500m : Optez pour des barres à assimilation plus rapide, car la digestion des fibres devient moins efficace.
  • Par temps très froid (-10°C) : Évitez les barres qui durcissent et préférez les fruits secs qui restent souples.
  • Fractionnez les apports : Visez 30 à 60g de glucides par heure, répartis en petites prises régulières toutes les 45-60 minutes, plutôt qu’un gros en-cas unique.
  • Testez toujours en conditions réelles : Ne testez jamais un nouvel aliment lors d’une sortie importante. Essayez-le lors d’un entraînement plus court.

Isostar ou eau claire : que boire pour une sortie de moins de 2 heures ?

L’hydratation est le pilier de la performance en altitude, et c’est souvent là que les erreurs coûtent le plus cher. L’air froid et sec des montagnes accélère la déshydratation par la respiration, bien avant que la sensation de soif n’apparaisse. En montagne, on estime que les besoins en eau augmentent à 2 à 2.5 litres par jour, juste pour compenser les pertes de base. La question devient alors : que boire ? Faut-il investir dans des boissons isotoniques coûteuses ?

La réponse, pour la majorité des sportifs amateurs, est non. Pour toute sortie d’endurance de moins de deux heures, l’eau claire est non seulement suffisante mais aussi préférable. Les boissons de l’effort, riches en sucres et en électrolytes, ne deviennent physiologiquement utiles que lors d’efforts prolongés qui épuisent significativement les réserves de glycogène et de minéraux. Pour une randonnée matinale ou quelques heures de ski, leur apport en sucre est souvent superflu et peut même perturber la digestion.

La Suisse offre ici un avantage logistique exceptionnel : un réseau dense de fontaines d’eau potable d’excellente qualité, présentes dans presque tous les villages alpins et le long de nombreux sentiers balisés. Cet atout permet de partir léger, sans s’encombrer de multiples gourdes ou d’acheter des boissons onéreuses en station. Une gourde de 750ml, remplie au départ et à la première fontaine croisée, suffit amplement pour une sortie courte. Boire 150-200ml toutes les 20-30 minutes est une stratégie bien plus efficace que de boire une grande quantité d’un coup.

L’erreur de manger trop de sucre rapide au sommet qui vous coupe les jambes à la descente

Vous atteignez le sommet, fier de votre effort. La tentation est grande de célébrer avec une part de tarte aux myrtilles ou une boisson très sucrée. C’est l’erreur la plus classique, et la plus pénalisante. Consommer une grande quantité de sucre rapide à l’arrêt provoque un pic de glycémie, suivi d’une libération massive d’insuline. Résultat : 30 à 45 minutes plus tard, en pleine descente, votre taux de sucre dans le sang chute brutalement. C’est l’hypoglycémie réactionnelle : jambes flageolantes, vision trouble, fatigue soudaine. Vous n’avez plus de carburant, et le risque de chute augmente drastiquement.

Composition minimaliste d'aliments locaux suisses sur un rocher au sommet avec vue panoramique alpine

Au sommet, le corps a besoin de se recharger, pas d’être choqué. La collation idéale est équilibrée et à index glycémique bas ou moyen pour maintenir une énergie stable. Pensez « local et fonctionnel » : quelques tranches de viande séchée des Grisons (protéines pour limiter la casse musculaire, sel pour la rétention d’eau), un morceau de fromage d’alpage (lipides pour l’énergie longue durée), et une tranche de pain de seigle valaisan (fibres et glucides complexes). Cette combinaison ancestrale est une merveille de nutrition sportive.

Voici comment organiser votre pause au sommet pour une énergie durable :

  • Évitez les desserts très sucrés : Ils sont la cause directe de l’hypoglycémie réactionnelle. Gardez-les pour le soir.
  • Composez une collation équilibrée : Protéines (viande séchée), lipides (fromage, noix) et glucides complexes (pain de seigle).
  • Gérez le timing du sucre rapide : Une boisson sucrée ou un gel ne doit être consommé que 5 à 10 minutes *avant* un effort intense et court, jamais pendant une pause.
  • Privilégiez les aliments à index glycémique bas/moyen : Ils assurent une libération d’énergie lente et stable.
  • Buvez de l’eau : L’hydratation est cruciale pour faciliter la digestion et maintenir la performance.

Quand manger des protéines après votre sortie vélo pour maximiser la reconstruction musculaire ?

L’effort est terminé, mais le travail de votre corps ne fait que commencer. La phase de récupération est essentielle pour réparer les micro-lésions musculaires et reconstituer les stocks d’énergie. C’est là qu’intervient la fameuse « fenêtre anabolique ». Il s’agit d’une période de 30 à 45 minutes post-effort durant laquelle le corps est particulièrement réceptif à l’absorption des nutriments, notamment les protéines et les glucides, pour lancer le processus de reconstruction.

Ignorer cette fenêtre, c’est ralentir sa récupération et augmenter les courbatures du lendemain. La solution idéale est à portée de main dans n’importe quel supermarché suisse : le séré (ou quark). Avec sa teneur exceptionnelle en caséine (une protéine à digestion lente) d’environ 12g pour 100g et son prix très abordable, il constitue l’en-cas de récupération parfait. Consommé dans les 30 minutes suivant l’effort, nature ou avec quelques fruits, il lance idéalement la synthèse protéique.

Pour le sportif qui termine sa sortie loin de chez lui et rentre en transports publics, la récupération doit s’anticiper. Le trajet en train CFF, par exemple, peut être mis à profit pour démarrer le processus.

Votre plan d’action récupération dans les CFF

  1. Dans les 30 min post-effort : Arrêtez-vous dans une gare (Coop Pronto, Migrolino) et achetez une boisson lactée protéinée ou un pot de séré. C’est votre priorité absolue.
  2. Ajoutez une source de glucides : Complétez avec une banane, une pomme ou un petit sandwich au pain complet pour commencer à recharger vos réserves de glycogène.
  3. N’oubliez pas les bons gras : Une petite poignée d’amandes ou de noix apportera des lipides de qualité, des minéraux et aidera à la satiété.
  4. Réhydratez-vous massivement : Buvez au minimum 500ml d’eau pendant le trajet pour compenser les pertes et aider les reins à éliminer les déchets métaboliques.
  5. Évitez l’alcool : La bière « de récupération » est un mythe. Même un panaché freine la synthèse protéique et ralentit la réhydratation.

Week-end ski en Valais ou en Haute-Savoie : quel choix réel pour votre porte-monnaie ?

La nutrition en montagne a aussi une dimension économique, surtout en Suisse. Il est de notoriété publique que les prix sont plus élevés, mais l’écart réel avec nos voisins, comme la Haute-Savoie française, est souvent sous-estimé. Pour un sportif amateur qui doit s’alimenter et s’hydrater correctement, la facture peut vite grimper. En moyenne, un week-end ski en Valais coûte en moyenne 20 à 30% plus cher qu’un week-end équivalent à Chamonix, rien que sur le poste alimentaire.

Cet écart se retrouve sur tous les produits, du simple sandwich à l’assiette du skieur. Préparer soi-même ses en-cas et sa boisson devient alors non seulement un choix nutritionnel plus intelligent, mais aussi une décision économique avisée. Acheter des fruits secs, du pain de seigle et de la viande séchée en plaine avant de monter peut facilement diviser par deux ou trois votre budget « collations » de la journée.

Le tableau comparatif suivant, basé sur des relevés de prix courants, illustre concrètement cet écart entre une station valaisanne et sa voisine française.

Comparatif des prix alimentaires Valais vs Haute-Savoie
Produit Migros Sion (CHF) Carrefour Chamonix (EUR) Écart
Sandwich montagne 7.50 5.90 +27%
Barre énergétique 2.80 2.20 +27%
Bouteille eau 1.5L 0.95 0.65 +46%
Assiette valaisanne/Tartiflette en station 28.00 22.00 +27%
Café en altitude 5.50 3.80 +45%

L’erreur de ne pas boire assez et de monter trop vite qui mène au « mal des montagnes »

Le Mal Aigu des Montagnes (MAM) n’est pas réservé aux alpinistes de l’Himalaya. Il peut survenir dès 2500 mètres et gâcher une simple journée de ski ou de randonnée. Ses symptômes – maux de tête, nausées, vertiges – sont le résultat d’une mauvaise acclimatation du corps au manque d’oxygène (hypoxie). Deux facteurs aggravent massivement ce risque chez le sportif amateur : une montée en altitude trop rapide (grâce aux remontées mécaniques) et une hydratation insuffisante.

Le corps a besoin de temps pour s’adapter. Pour une randonnée ambitieuse comme l’ascension de la cabane du Mont Rose (2883m) depuis Zermatt (1620m), un plan d’acclimatation est crucial. Il ne s’agit pas de « foncer ». Une stratégie en deux jours, avec une première nuit à une altitude intermédiaire comme Schwarzsee (2583m), permet au corps de commencer à produire plus de globules rouges et de s’adapter. Durant cette phase, l’hydratation doit être renforcée (3 litres minimum par jour) et le rythme de marche maîtrisé, avec des pauses régulières.

Pour ceux qui utilisent les téléphériques à grande vitesse comme celui du Klein Matterhorn ou de l’Aiguille du Midi, le risque est maximal. Voici un protocole simple pour minimiser les risques :

  • Anticipez l’hydratation : Buvez au moins 1 litre d’eau pendant la montée en téléphérique.
  • Temporisez à l’arrivée : Ne commencez aucun effort intense (même chausser ses skis) pendant les 15-20 premières minutes en haut. Laissez votre corps s’habituer.
  • Mangez salé : Consommez des aliments comme de la viande séchée ou du fromage. Le sel aide à la rétention d’eau et donc au maintien du volume sanguin.
  • Continuez à boire : Maintenez une hydratation régulière de 150-250ml toutes les 20-30 minutes.
  • Écoutez votre corps : Aux premiers signes de maux de tête, nausées ou vertiges, n’insistez pas. La seule solution efficace est de redescendre immédiatement.

À retenir

  • La dépense énergétique du ski alpin est souvent surévaluée ; une heure en station représente en réalité 100-200 kcal d’effort.
  • En montagne, le choix du carburant est crucial : privilégiez les fruits secs sous 2500m et par temps froid, et réservez les barres pour la très haute altitude.
  • Évitez le piège de la collation très sucrée au sommet, qui provoque une hypoglycémie réactionnelle et vous « coupe les jambes » à la descente.

Pourquoi manquez-vous probablement de Vitamine D et d’Iode si vous vivez en Suisse ?

Terminons par un paradoxe nutritionnel typiquement suisse. On pourrait penser qu’en passant nos week-ends en montagne, au soleil, nous sommes à l’abri des carences en vitamine D. La réalité est plus complexe. Une grande partie de la population suisse vit sur le Plateau, souvent recouvert d’une mer de brouillard d’octobre à mars. Cette absence d’exposition au soleil est la raison pour laquelle le brouillard hivernal du Plateau suisse cause une carence en vitamine D chez près de 60% de la population. Cette vitamine est pourtant cruciale pour la santé osseuse, l’immunité et la fonction musculaire.

Une autre carence fréquente, liée à la géologie de nos Alpes, est celle en iode. Nos sols étant pauvres en cet oligo-élément, les produits agricoles locaux en contiennent peu. L’iode est indispensable au bon fonctionnement de la thyroïde, qui régule notre métabolisme de base. Une carence peut entraîner fatigue, frilosité et prise de poids.

Heureusement, des solutions simples et locales existent pour combler ces manques. Une alimentation consciente et bien choisie peut faire toute la différence. Voici quelques sources alimentaires suisses à intégrer dans votre régime, surtout en hiver :

  • Pour la Vitamine D : Les poissons de nos lacs comme l’Omble chevalier (15μg/100g) ou la Féra du Léman (12μg/100g), ainsi que les œufs suisses enrichis. Une supplémentation de 1000 UI par jour est souvent recommandée d’octobre à mars.
  • Pour l’Iode : L’utilisation systématique de sel de cuisine iodé, comme le « Sel des Alpes », couvre une bonne partie des besoins. Les fromages d’alpage, dont les vaches ont brouté une herbe variée, peuvent aussi avoir une teneur intéressante.

Votre bien-être global dépend aussi de ces micronutriments. Reconsidérer vos apports en vitamines et minéraux essentiels est la touche finale pour une condition physique optimale.

Adapter précisément ces conseils à votre profil, analyser vos propres habitudes et construire un plan nutritionnel personnalisé est l’étape suivante pour transformer durablement votre énergie en montagne. Chaque sortie deviendra une occasion de mieux comprendre votre corps et d’optimiser votre performance.

Rédigé par Aline Vuilleumier, Diététicienne diplômée ASDD et ingénieure en technologies alimentaires, Aline combine science nutritionnelle et connaissance du terroir suisse pour promouvoir une alimentation saine et locale. Elle exerce en cabinet privé et collabore avec des labels régionaux.