Publié le 15 mai 2024

L’idée que le marché de l’art suisse est un club fermé pour millionnaires est un mythe tenace, mais un mythe tout de même.

  • Il existe des points d’entrée stratégiques pour acquérir des œuvres significatives avec un budget inférieur à 5000 CHF.
  • Les galeristes suisses ne sont pas des gardiens inaccessibles, mais des partenaires potentiels pour tout collectionneur informé.
  • Une plus-value future ne relève pas de la chance, mais d’une analyse préparée des signaux du marché, notamment auprès des jeunes talents.

Recommandation : Abordez votre premier achat non comme une dépense impulsive, mais comme la pose de la première pierre de votre portefeuille d’actifs culturels.

L’envie vous effleure. Celle d’accrocher sur ce mur blanc une œuvre qui vous parle, qui raconte une histoire, qui est plus qu’une simple décoration. En tant que jeune professionnel en Suisse, vous appréciez l’excellence et la valeur durable, et l’idée de posséder une pièce d’art contemporain vous séduit. Mais une barrière, souvent psychologique, se dresse : celle des galeries feutrées de la Bahnhofstrasse à Zurich ou de la Rue des Bains à Genève, des prix à cinq zéros et de la peur de commettre une erreur de jugement coûteuse. Vous vous sentez à la fois attiré et intimidé, craignant que ce monde ne soit pas pour vous.

Face à cette aspiration, les conseils habituels fusent : « achetez avec le cœur », « visitez les grandes foires d’art ». Si ces recommandations partent d’une bonne intention, elles sont largement insuffisantes pour quiconque envisage l’art non seulement comme un plaisir esthétique, mais aussi comme un actif de portefeuille naissant. L’achat au coup de cœur, sans stratégie, est le plus court chemin vers une acquisition qui perdra de sa pertinence, tant personnelle que financière. Pour un esprit cartésien, cette approche intuitive peut sembler risquée et manquer de structure.

Et si la véritable clé n’était pas de se fier uniquement à son intuition, mais d’adopter une posture d’investisseur avisé ? Si la solution résidait dans l’application d’une méthode, d’une forme de due diligence artistique, même pour un premier achat sous la barre des 5000 CHF ? Cet article propose de déconstruire le mythe d’un marché de l’art suisse inaccessible. Il vous fournira un cadre stratégique pour transformer votre budget en un investissement intelligent et maîtrisé.

Nous verrons ensemble comment aborder les galeristes comme des alliés, comment faire un choix éclairé entre une œuvre unique et une édition limitée, quand et comment miser sur les futurs grands noms issus des prestigieuses écoles suisses, et enfin, comment intégrer cet actif dans votre patrimoine en toute connaissance des implications fiscales. L’objectif est de vous donner la confiance et les outils pour faire votre premier pas, non pas en amateur craintif, mais en collectionneur débutant et stratège.

Pourquoi les galeristes suisses ne sont pas aussi snobs que vous le croyez ?

La porte vitrée d’une galerie d’art contemporain peut sembler aussi intimidante que celle d’une banque privée. Le silence, les murs blancs immaculés, le regard professionnel de la personne à l’accueil… Tout semble conçu pour décourager le néophyte. Cette perception est pourtant l’un des plus grands freins à l’entrée sur le marché de l’art. En réalité, un bon galeriste n’est pas un simple vendeur ; il est un partenaire stratégique dont le succès à long terme dépend de sa capacité à découvrir de nouveaux talents, mais aussi de nouveaux collectionneurs.

Intérieur chaleureux d'une galerie d'art zurichoise avec visiteurs discutant devant des œuvres contemporaines

Comme le montre cette scène, l’interaction est au cœur du métier. Le galeriste investit du temps et des ressources dans ses artistes. Il a donc tout intérêt à éduquer et à fidéliser une nouvelle génération d’acheteurs qui soutiendra ses poulains sur la durée. Votre budget de 5000 CHF n’est pas un obstacle, mais un point de départ. En montrant un intérêt sincère et une démarche structurée, vous cessez d’être un simple visiteur pour devenir un client potentiel sérieux. La clé est de briser la glace avec des questions qui démontrent votre curiosité et votre réflexion, plutôt qu’en demandant le prix de but en blanc.

Voici quelques questions intelligentes qui signalent votre sérieux et ouvrent le dialogue :

  • Quelle est la place de cette œuvre dans le parcours de l’artiste ?
  • Quels sont les jeunes artistes que vous suivez de près en ce moment, même s’ils ne sont pas encore dans votre galerie ?
  • Comment voyez-vous l’évolution de cet artiste dans les prochaines années ?
  • Avez-vous des éditions ou des œuvres sur papier de vos artistes représentés ?
  • Proposez-vous des facilités de paiement pour les jeunes collectionneurs ?

Ces questions transforment une transaction potentielle en une conversation. Elles montrent que vous ne cherchez pas seulement un objet, mais que vous vous intéressez à un projet artistique et à une vision. C’est le meilleur moyen de vous faire remarquer positivement et d’obtenir des conseils précieux, souvent bien au-delà de l’exposition en cours.

Comment acheter votre première œuvre d’art sans risquer une décote immédiate ?

L’une des craintes majeures de l’investisseur débutant est la décote immédiate. Payer 4’500 CHF pour une œuvre qui, une fois sortie de la galerie, n’en « vaudrait » plus que la moitié sur le second marché est un scénario redouté. Cette peur n’est pas infondée et résulte souvent d’un achat impulsif, sans la « due diligence » appropriée. Pour minimiser ce risque, il faut comprendre que le prix d’une œuvre n’est pas arbitraire. Il est le reflet de la cote de l’artiste, elle-même construite par son parcours (expositions, prix, critiques, acquisitions institutionnelles).

Une stratégie efficace consiste à ne pas se focaliser uniquement sur les grandes galeries établies. Le marché de l’art est un écosystème diversifié. D’ailleurs, une analyse récente montre que même dans un marché global en légère baisse, les marchands dont le chiffre d’affaires est inférieur à 250 000 dollars ont enregistré une croissance de 17%. Cela signifie qu’il existe un segment dynamique et accessible, composé de galeries plus jeunes, de marchands spécialisés et de plateformes en ligne qui sont d’excellents points d’entrée pour un collectionneur avec un budget défini. Ces acteurs sont souvent plus agiles et représentent des artistes en début de carrière dont les prix sont encore abordables.

Votre budget de 5000 CHF vous positionne idéalement pour explorer plusieurs catégories d’œuvres. Le tableau suivant, basé sur des données de marché et adapté en francs suisses, offre un cadre de réflexion pour allouer votre capital de départ. Il est important de noter que ces fourchettes sont indicatives et qu’une œuvre de qualité peut se trouver en dehors de ces suggestions.

Options d’investissement en art selon votre budget
Budget (indicatif en CHF) Type d’œuvre recommandé Stratégie
1’500 – 3’000 CHF Estampes numérotées, lithographies Artistes reconnus, éditions limitées et signées
3’000 – 5’000 CHF Photographies d’art, œuvres sur papier Tirages limités, artistes émergents déjà primés
5’000 CHF et plus Céramique contemporaine, petites toiles Jeunes talents avec premières expositions institutionnelles

La clé est de ne pas chercher l’œuvre unique d’un artiste déjà au sommet, mais plutôt une œuvre significative (même une édition) d’un artiste dont la carrière est en phase ascendante. C’est ainsi que vous transformez une dépense en un potentiel actif de croissance.

Lithographie signée ou toile originale : que choisir pour un premier investissement ?

C’est une question fondamentale pour tout collectionneur débutant : faut-il privilégier l’unicité d’une peinture ou l’accessibilité d’une édition signée ? La réponse n’est pas binaire ; elle dépend de votre stratégie d’investissement et de votre appétence au risque. Choisir son premier point d’entrée sur le marché de l’art est une décision cruciale. Une toile originale d’un jeune artiste inconnu est un pari à haut risque mais potentiellement à haut rendement. Une lithographie numérotée et signée d’un artiste mondialement connu est un investissement plus sûr, avec un potentiel de plus-value plus modéré mais plus stable.

Comme le soulignent des experts en placements, la diversification des médiums est une approche intelligente. Selon les spécialistes de Boursorama dans leur guide d’investissement :

Pour acquérir des œuvres d’artistes de renom à des prix accessibles, il peut être pertinent de faire un pas de côté. S’il s’agit d’un artiste reconnu pour sa peinture par exemple, vous pouvez vous intéresser à ses dessins, ses photographies, sérigraphies, lithographies ou encore gravures.

– Experts Boursorama, Guide d’investissement dans l’art 2024

Cette stratégie du « pas de côté » est particulièrement pertinente en Suisse. Le marché des éditions y est très mature. Les musées, comme le Mamco à Genève, et de nombreuses galeries proposent des éditions de haute qualité qui constituent une excellente porte d’entrée. Une étude récente sur les tendances du marché confirme que les éditions imprimées des musées et des galeries sont un bon moyen de débuter, avec de nombreuses options bien en dessous du seuil de 5000 CHF.

Comparaison visuelle entre une lithographie encadrée et une toile originale dans un intérieur contemporain

Visuellement, la différence entre une œuvre sur papier et une toile est évidente, mais leur valeur respective dépend de critères précis. Pour une lithographie, il faut vérifier le nombre de tirages (plus il est faible, mieux c’est), la signature de l’artiste (idéalement au crayon) et la qualité du papier et de l’impression. Pour une jeune toile, c’est le potentiel de l’artiste qui prime. Commencer par une édition d’un artiste établi vous permet d’acquérir une signature reconnue et de vous familiariser avec le marché sans exposer tout votre capital.

L’erreur de ne pas déclarer une œuvre d’art dans votre inventaire fiscal suisse

Une fois l’euphorie de la première acquisition passée, une réalité plus administrative s’impose. En Suisse, une œuvre d’art est considérée comme un élément de fortune mobilière. L’erreur la plus commune chez le collectionneur débutant est de considérer son achat comme une simple « dépense de décoration » et d’omettre de l’intégrer à son inventaire fiscal. Or, cette omission peut avoir des conséquences, notamment en cas de succession, de sinistre ou de revente future. La transparence dès le départ est la meilleure des politiques.

Dans la plupart des cantons suisses, vous devez déclarer la valeur de vos œuvres d’art dans votre déclaration d’impôt sur la fortune. La valeur à déclarer est généralement la valeur vénale, c’est-à-dire le prix que vous pourriez raisonnablement en obtenir sur le marché à la date de l’évaluation. Pour un premier achat, il s’agit simplement du prix d’acquisition. Conservez précieusement la facture de la galerie, elle constitue la preuve principale. Cette déclaration n’entraîne pas une imposition massive — l’impôt sur la fortune étant relativement bas en Suisse — mais elle officialise la possession de votre actif.

Lors de la revente, la question de l’imposition de la plus-value se pose. Pour les collectionneurs privés qui ne font pas du commerce d’art leur activité principale, les gains en capital sur la fortune mobilière sont généralement exonérés d’impôt en Suisse. C’est un avantage considérable par rapport à des pays voisins comme la France. À titre de comparaison, en France, les œuvres dont la valeur est inférieure à 5000 euros échappent à toute taxe sur la plus-value, mais un régime spécifique s’applique au-delà. Bien que la situation suisse soit plus favorable, il est crucial de pouvoir prouver que la revente est occasionnelle et non une activité commerciale. Une bonne tenue de vos dossiers (factures, dates d’achat) est donc primordiale. Attention, cette information est générale et la fiscalité peut varier. La consultation d’un conseiller fiscal suisse est fortement recommandée pour analyser votre situation personnelle.

Quand miser on les diplômés de l’ECAL ou de la HEAD pour espérer une plus-value ?

Investir dans un artiste tout juste diplômé d’une haute école d’art comme l’ECAL (Lausanne) ou la HEAD (Genève) est l’équivalent artistique du capital-risque. Le risque est maximal, mais le potentiel de retour sur investissement est exponentiel. C’est une stratégie pour les collectionneurs qui ont déjà sécurisé une ou deux pièces plus « sûres » et qui souhaitent dédier une partie de leur budget à la découverte pure. La question n’est pas tant « si » mais « quand » et « sur qui » miser. Il ne s’agit pas de jouer à la loterie, mais de savoir lire les signaux faibles du marché.

Les expositions de fin d’année de ces écoles sont des moments cruciaux. Ce sont des terrains de chasse pour les galeristes, les curateurs et les collectionneurs avisés. On peut y acquérir des œuvres de grande qualité pour des prix souvent compris entre 500 et 3000 CHF. Pour repérer les talents les plus prometteurs, il faut prêter attention aux distinctions. L’étude de cas des lauréats de l’ECAL est éclairante : lors de la cérémonie de diplômes, de nombreux prix et bourses sont décernés par des fondations ou des entreprises. Comme le rapporte l’école, des lauréats comme Emma Grosu ont reçu le Prix Art Fondation Pax pour leur pratique innovante. Ces prix ne sont pas honorifiques ; ils sont des indicateurs de reconnaissance par le milieu professionnel et constituent un premier jalon dans la construction de la cote d’un artiste.

Pour agir en véritable chasseur de talents, il faut être organisé et connaître le calendrier des événements clés. S’immerger dans cet écosystème est la meilleure façon de développer son flair.

Votre plan d’action pour repérer les futurs talents suisses

  1. Surveiller les expositions de diplômes : Marquez dans votre agenda les expositions de l’ECAL (généralement en novembre à Renens) et de la HEAD. C’est le point de contact direct avec les œuvres.
  2. Identifier les lauréats : Collectez les listes des artistes primés lors des cérémonies de diplômes (souvent en juin/juillet). Ces noms sont déjà pré-validés par un jury de professionnels.
  3. Visiter les « Open Days » : Les journées portes ouvertes des écoles sont une occasion unique de découvrir les travaux en cours de réalisation et de discuter avec les étudiants avant même qu’ils ne soient diplômés.
  4. Suivre les premières expositions collectives : Repérez les « artist-run spaces » et les jeunes galeries qui exposent souvent des groupes de jeunes diplômés. Voir un nom revenir dans plusieurs expositions est un bon signe.
  5. Engager la conversation : N’hésitez pas à discuter avec les artistes lors de ces événements. Comprendre leur démarche et leur vision est un élément clé de la due diligence.

Acquérir en nom propre ou via une structure : quelle stratégie pour votre collection ?

La question de la structure d’acquisition peut sembler prématurée pour un premier achat. Faut-il acheter en tant que personne physique (en nom propre) ou envisager une structure dédiée comme une SARL ? Pour un collectionneur qui débute avec un budget de 5000 CHF, la réponse est simple et directe : l’achat en nom propre est la seule option logique et pertinente. Créer une société pour détenir une seule ou quelques œuvres d’art engendrerait des coûts administratifs, comptables et fiscaux totalement disproportionnés par rapport à l’enjeu.

L’achat en nom propre signifie que l’œuvre d’art vous appartient directement. Elle fait partie de votre patrimoine privé, au même titre que votre mobilier ou vos bijoux. Comme nous l’avons vu, cela implique de l’inscrire dans votre inventaire de fortune. La simplicité de cette approche est son principal avantage. La transaction est facile (une simple facture à votre nom), la gestion est inexistante (pas de bilan à déposer) et la fiscalité à la revente est, dans la plupart des cas en Suisse, très avantageuse (exonération du gain en capital pour une gestion de fortune privée).

Alors, quand la question d’une structure dédiée devient-elle pertinente ? Typiquement, cette réflexion intervient à un stade beaucoup plus avancé de la vie d’un collectionneur. On peut l’envisager si :

  • La collection atteint une valeur très significative, justifiant une gestion distincte du reste du patrimoine privé.
  • L’activité d’achat et de revente devient fréquente, s’apparentant à une activité commerciale. L’administration fiscale pourrait alors requalifier le collectionneur en marchand d’art, avec des conséquences fiscales bien différentes.
  • Des objectifs de transmission de patrimoine complexes sont en jeu, où une structure peut faciliter le partage ou la pérennité de la collection entre plusieurs héritiers.

Pour votre première décennie de collectionneur, concentrez-vous sur la qualité de vos acquisitions et la bonne tenue de vos dossiers. La question de la structure juridique n’est pas une préoccupation immédiate, mais il est bon de savoir qu’elle existe comme un outil potentiel pour le futur.

Développer son œil critique : de l’analyse formelle à l’intuition

Savoir distinguer le style gothique flamboyant de la Cathédrale de Lausanne du baroque opulent de l’Abbaye de Saint-Gall relève d’une éducation du regard. De la même manière, « lire » une œuvre d’art contemporain et distinguer une pièce prometteuse d’une autre plus anecdotique demande d’éduquer son œil. L’achat « coup de cœur » a ses limites. Une intuition éclairée, en revanche, est le meilleur atout du collectionneur. Cette intuition n’est pas innée ; elle se construit par la pratique, l’observation et l’acquisition d’un vocabulaire visuel.

Pour commencer, il faut dépasser le simple « j’aime / je n’aime pas » et s’efforcer d’analyser ce que l’on voit de manière plus structurée. Face à une œuvre, qu’il s’agisse d’une peinture, d’une sculpture ou d’une photographie, posez-vous une série de questions simples pour décomposer ce que vous regardez :

  • La composition : Comment les éléments sont-ils organisés dans l’espace ? Y a-t-il un équilibre, une tension, un point focal évident ? La structure est-elle chaotique ou ordonnée ?
  • La technique et la matière : Quelle est la qualité d’exécution ? Peut-on voir le geste de l’artiste ? Le choix des matériaux (peinture à l’huile, acrylique, fusain, type de papier) sert-il le propos de l’œuvre ?
  • La couleur et la lumière : La palette est-elle limitée ou explosive ? Les couleurs sont-elles utilisées de manière symbolique, émotionnelle ? D’où vient la lumière dans l’œuvre ?
  • Le concept : Quel est le sujet ou l’idée derrière l’œuvre ? Le titre donne-t-il des indices ? L’œuvre s’inscrit-elle dans un courant artistique identifiable (abstraction, figuration, etc.) ?

Cet exercice d’analyse formelle peut sembler scolaire au début, mais il est fondamental. En le pratiquant régulièrement dans les galeries, les musées ou même en ligne, vous commencerez à remarquer des détails, à faire des liens entre les artistes et à comprendre pourquoi certaines œuvres ont plus de « force » que d’autres. Progressivement, cette analyse consciente deviendra plus rapide, plus instinctive. Votre intuition ne sera plus un simple sentiment, mais la synthèse rapide de milliers d’observations accumulées. C’est à ce moment-là que vous pourrez véritablement faire confiance à votre « œil ».

À retenir

  • Le marché de l’art suisse est plus accessible qu’il n’y paraît, à condition d’adopter une approche stratégique et documentée plutôt qu’impulsive.
  • Les éditions limitées (lithographies, photographies) et les œuvres de jeunes diplômés des hautes écoles d’art (ECAL, HEAD) sont des points d’entrée intelligents pour un budget inférieur à 5000 CHF.
  • La dimension administrative et fiscale ne doit pas être négligée : conservez toutes vos factures et déclarez vos œuvres comme élément de fortune privée pour une gestion saine et transparente.

Au-delà de l’achat : intégrer les cercles d’art pour affiner votre expertise

La construction d’une collection ne se résume pas à une succession de transactions. C’est aussi et surtout une immersion progressive dans un écosystème. Votre expertise, votre réseau et les meilleures opportunités naîtront de votre participation active à ce milieu. Penser que l’on peut devenir un collectionneur avisé en restant isolé est une illusion. L’étape ultime, après avoir fait vos premières acquisitions, est de vous intégrer aux cercles d’art pertinents.

Ces cercles peuvent prendre plusieurs formes. Les « Amis » des musées, comme les associations autour du Mamco à Genève, du Kunsthaus à Zurich ou du Musée des Beaux-Arts de Lausanne, sont des points d’entrée fantastiques. Pour une cotisation annuelle raisonnable, vous bénéficiez d’un accès privilégié aux expositions, mais surtout de visites guidées par des curateurs, de conférences et de rencontres avec d’autres passionnés. C’est un moyen formidable d’apprendre et de réseauter dans un cadre bienveillant.

Les visites d’ateliers d’artistes, souvent organisées par des galeries pour leurs collectionneurs ou par les artistes eux-mêmes, sont une autre source d’enrichissement inestimable. Être dans le lieu de création, comprendre le processus de l’artiste et discuter avec lui de sa démarche vous donne une profondeur de compréhension qu’aucune notice d’exposition ne pourra jamais égaler. Enfin, n’hésitez pas à participer à des cours d’histoire de l’art ou à des séminaires sur le marché de l’art. De nombreuses institutions, y compris des universités populaires, proposent des formations de grande qualité.

En vous impliquant, vous ne faites pas que développer votre œil ; vous développez votre réseau. Les informations les plus précieuses circulent souvent de manière informelle. C’est en discutant avec un autre collectionneur que vous entendrez parler d’un jeune talent prometteur, ou c’est un galeriste avec qui vous avez tissé un lien de confiance qui vous appellera en priorité lorsqu’il recevra une pièce qui correspond parfaitement à votre collection. Votre engagement est le meilleur investissement que vous puissiez faire pour la pérennité et la pertinence de votre collection.

Le premier pas est souvent le plus difficile. Maintenant que vous disposez d’un cadre stratégique, l’étape suivante consiste à passer de la théorie à la pratique. Commencez par visiter une galerie ou une exposition de diplômes, non pas avec l’obligation d’acheter, mais avec l’intention d’observer et d’apprendre. Votre collection commence aujourd’hui.

Rédigé par Isabelle Favre, Historienne de l'art et administratrice culturelle, Isabelle navigue depuis 18 ans dans le milieu des musées, théâtres et festivals romands. Elle est spécialiste de l'accessibilité culturelle et du marché de l'art pour les collectionneurs débutants.