
L’exploration de Palawan n’est pas une course aux plus beaux sites, mais un engagement à protéger sa beauté fragile en devenant un voyageur-gardien.
- Choisir ses sites de plongée selon son niveau et non leur popularité préserve les écosystèmes et enrichit l’expérience.
- L’impact de gestes simples, comme le choix d’une crème solaire « reef-safe » disponible en Suisse, est immense pour la survie des coraux.
Recommandation : Planifiez votre itinéraire non pas pour « tout voir », mais pour « mieux voir », en privilégiant des opérateurs locaux responsables et des excursions hors des heures de pointe.
L’image de Palawan vend du rêve. Des lagons turquoise enclavés dans des pitons karstiques vertigineux, une vie marine si riche qu’elle semble sortie d’un documentaire. Pour vous, plongeur ou snorkeler suisse, l’appel de ce paradis est puissant. Mais derrière la carte postale se cache une réalité plus complexe : celle d’un écosystème d’une beauté à couper le souffle, mais aussi d’une fragilité extrême, menacé par sa propre popularité. La question n’est plus simplement « comment y aller ? », mais « comment y aller sans devenir complice de sa dégradation ? ».
Beaucoup se contentent de suivre les itinéraires balisés, de réserver les fameux tours A ou C à El Nido et d’emporter leur crème solaire habituelle. Ces réflexes, bien qu’innocents, contribuent à la pression qui pèse sur les récifs. Le tourisme de masse, même dans un décor paradisiaque, laisse des cicatrices invisibles : coraux blanchis par des composants chimiques, faune marine stressée et écosystèmes perturbés par le passage incessant des bateaux.
Et si la véritable clé d’un voyage inoubliable n’était pas de consommer ce paysage, mais de devenir un gardien actif de sa pérennité ? Cet article n’est pas un simple guide de voyage. C’est une boussole pour le voyageur conscient. Nous allons déconstruire les mythes, vous donner les outils pour faire des choix éclairés, de la préparation de votre sac en Suisse jusqu’à votre comportement sous l’eau. Vous découvrirez comment transformer votre passion pour les fonds marins en une force positive pour la préservation de ce trésor planétaire.
Ce guide est structuré pour vous accompagner pas à pas, de la planification de vos plongées au choix de votre crème solaire, en passant par les stratégies pour vivre une expérience authentique, loin des foules. Chaque section est conçue pour vous donner des clés concrètes et transformer votre séjour en une contribution positive.
Sommaire : Guide de survie écologique pour un paradis philippin
- Lagons ou Épaves : quelle destination choisir selon votre niveau de plongée ?
- Pourquoi votre crème solaire classique tue le corail et quelle marque « Reef Safe » acheter ?
- Combien d’escales et quel budget pour atteindre ce bout du monde depuis la Suisse ?
- L’erreur de prendre le tour A ou C aux heures de pointe avec 50 autres bateaux
- Quand se protéger contre les moustiques (Dengue) et faut-il un traitement préventif ?
- L’erreur d’acheter de la peinture « naturelle » qui contient encore des COV nocifs
- Pourquoi le corail blanc n’est pas « propre » mais mourant (et comment le signaler) ?
- Comment observer les tortues et requins sans perturber leur écosystème fragile ?
Lagons ou Épaves : quelle destination choisir selon votre niveau de plongée ?
La première étape d’un voyage réussi est de choisir le bon terrain de jeu. Palawan offre deux expériences de plongée majeures, mais très différentes : les récifs colorés d’El Nido et les épaves historiques de Coron. Le choix ne dépend pas seulement de vos envies, mais surtout de votre niveau technique et de votre expérience. Vouloir explorer une épave profonde sans la certification adéquate est non seulement dangereux, mais aussi irresponsable pour l’écosystème que l’on risque de perturber par manque de maîtrise.
El Nido, avec ses jardins de corail peu profonds et ses tombants accessibles, est idéal pour les plongeurs débutants à intermédiaires (PADI Open Water / CMAS 1*). C’est le lieu parfait pour s’émerveiller de la biodiversité sans s’engager dans des plongées techniquement exigeantes. Coron, en revanche, est le sanctuaire des plongeurs plus expérimentés. Ses 12 épaves de navires japonais coulés en 1944 reposent à des profondeurs variant de 10 à plus de 40 mètres, nécessitant une certification avancée (PADI Advanced Open Water, spécialité Épave) et une excellente maîtrise de la flottabilité pour éviter de soulever des sédiments ou d’endommager ces vestiges historiques.
Pour vous aider à visualiser les prérequis, voici un tableau comparatif des certifications les plus courantes et de ce qu’elles vous permettent d’explorer en toute sécurité. Une analyse comparative des certifications de plongée montre clairement les paliers à respecter pour une pratique responsable.
| Certification | Profondeur max | Sites El Nido | Épaves Coron | Avantage principal |
|---|---|---|---|---|
| PADI Open Water | 18m | Récifs peu profonds | Limitées | Reconnaissance mondiale |
| CMAS 2* | 40m | Tombants | Épaves moyennes | Formation technique rigoureuse |
| PADI Advanced + Wreck | 30-40m | Tous sites | 12 épaves historiques | Spécialisation épaves reconnue |
Étude de cas : la plongée responsable depuis Sangat Island
Certains opérateurs l’ont bien compris. Les centres de plongée basés sur l’île de Sangat, à proximité de Coron, ont fait un choix stratégique : ils se concentrent quasi exclusivement sur les épaves historiques situées à moins de dix minutes de bateau. Cette approche permet non seulement d’offrir une expérience exceptionnelle aux plongeurs qualifiés, mais aussi de réduire drastiquement la pression sur les quelques récifs coralliens de la baie, souvent sur-fréquentés par les tours de snorkeling venant de la ville de Coron.
Votre plan d’action pré-plongée
- Vérification des documents : Assurez-vous que votre certificat médical d’aptitude à la plongée date de moins d’un an et que votre assurance voyage couvre bien la plongée, idéalement jusqu’à 40 mètres.
- Évaluation de l’expérience : Soyez honnête avec vous-même. Les épaves de Coron requièrent une bonne maîtrise, visez au moins 20 à 30 plongées d’expérience avant de vous y aventurer.
- Formation complémentaire : Envisagez une formation « Peak Performance Buoyancy » (maîtrise de la flottabilité) avant de partir. C’est le meilleur investissement pour protéger les fonds marins et profiter pleinement de vos plongées.
- Révision des bases : Si vous êtes certifié CMAS, une petite révision des tables de décompression ne fait jamais de mal.
- Planification logistique : Pensez au trajet entre les sites. Un ferry relie El Nido et Coron en environ 4 heures, permettant de combiner les deux expériences si votre niveau et votre temps de séjour le permettent.
Pourquoi votre crème solaire classique tue le corail et quelle marque « Reef Safe » acheter ?
Voici un geste simple, presque anodin, qui a des conséquences dévastatrices. En vous enduisant de votre crème solaire habituelle avant une baignade, vous participez sans le savoir à la destruction des récifs que vous êtes venus admirer. Le problème est d’une ampleur alarmante : on estime que 25 000 tonnes de crèmes solaires chimiques sont libérées chaque année dans les océans, agissant comme un poison direct pour les coraux.
Les principaux coupables sont des filtres UV chimiques comme l’oxybenzone et l’octinoxate. Une fois dans l’eau, ces molécules sont absorbées par les coraux. Elles perturbent leur reproduction, endommagent leur ADN et, surtout, provoquent le phénomène de blanchissement en expulsant les zooxanthelles, ces algues symbiotiques qui leur donnent couleur et nutriments. Une seule goutte de ces produits dans un volume d’eau équivalent à six piscines olympiques suffit à stresser le corail. Choisir une alternative n’est donc pas une option, mais une obligation morale pour tout amoureux de l’océan.

Heureusement, la solution existe et elle est simple : opter pour des crèmes solaires dites « reef-safe » ou « reef-friendly ». Celles-ci utilisent des filtres minéraux (et non chimiques), principalement l’oxyde de zinc et le dioxyde de titane. Ces minéraux agissent comme un miroir à la surface de la peau, réfléchissant les UV sans être absorbés par l’organisme et sans nuire à la vie marine, à condition qu’ils soient « non-nanométriques » (particules trop grosses pour être ingérées par les coraux).
Quels sont les ingrédients à éviter à tout prix dans une crème solaire ? Au-delà des deux principaux (oxybenzone, octinoxate), la liste noire inclut aussi l’octocrylène, l’homosalate, l’octisalate et l’avobenzone. Prenez l’habitude de lire les étiquettes avant d’acheter.
Où trouver ces crèmes solaires respectueuses en Suisse ? Nul besoin de chercher bien loin. Des marques engagées sont facilement accessibles sur le marché suisse. Par exemple, les gammes solaires d’Annemarie Börlind et certaines formules d’Ultrasun (vérifiez bien la mention « reef-friendly ») proposent des produits conformes à la loi de Hawaï, la plus stricte en matière de protection des coraux. Vous les trouverez en pharmacie, droguerie ou magasin bio.
Combien d’escales et quel budget pour atteindre ce bout du monde depuis la Suisse ?
Rejoindre Palawan depuis la Suisse est une aventure en soi, qui demande un peu de planification. Il n’existe pas de vol direct ; attendez-vous à un voyage d’environ 18 à 24 heures, incluant une à deux escales. La porte d’entrée principale des Philippines est Manille (MNL), la capitale. De là, plusieurs options s’offrent à vous pour rejoindre le paradis des plongeurs.
Voici les itinéraires les plus courants pour un voyageur partant de Genève (GVA) ou Zurich (ZRH) :
- L’option standard : Vol vers Manille, puis un vol domestique vers Puerto Princesa (PPS), la capitale de Palawan. C’est l’itinéraire le plus fréquent et souvent le plus économique. Des compagnies comme Cebu Pacific ou AirAsia proposent de nombreuses liaisons quotidiennes. Une fois à Puerto Princesa, il faut compter 5 à 6 heures de minibus ou de van pour rejoindre El Nido.
- L’option premium : Pour ceux qui veulent optimiser leur temps, la compagnie AirSwift opère des vols directs depuis Manille vers l’aéroport d’El Nido (ENI). Le trajet ne dure qu’une heure et quart et vous dépose au cœur de l’action. C’est plus cher, mais le gain de temps et de confort est considérable.
- L’alternative via Cebu : Il est aussi possible de voler vers Cebu (CEB), deuxième hub international du pays, puis de prendre un vol direct pour El Nido ou Puerto Princesa.
En termes de budget, pour les vols internationaux depuis la Suisse, prévoyez une enveloppe allant de 1200 à 1800 CHF par personne en classe économique, selon la saison et le moment de la réservation. La meilleure période pour visiter Palawan est la saison sèche, de novembre à mai. Les mois de décembre à mars sont les plus agréables mais aussi les plus chers. Voyager en saison intermédiaire (novembre, avril, mai) peut être un excellent compromis.
Votre voyage représente une part importante de l’économie locale. Choisir des opérateurs responsables sur place, c’est s’assurer que votre argent bénéficie directement aux communautés et à la préservation des sites. En effet, le tourisme de plongée a rapporté plus d’un milliard d’euros à l’économie philippine l’an dernier. C’est une manne financière qui, bien orientée, peut devenir un puissant levier pour le développement durable.
L’erreur de prendre le tour A ou C aux heures de pointe avec 50 autres bateaux
Vous arrivez à El Nido, et la première chose que l’on vous propose sont les fameux « Island Hopping Tours » : les tours A, B, C et D. Ils sont présentés comme le sésame pour découvrir les merveilles de l’archipel de Bacuit. C’est vrai, ils passent par des sites magnifiques comme Small Lagoon, Big Lagoon ou Secret Beach. Mais voici la vérité que peu de guides osent dire : suivre ces tours aux heures de pointe est la meilleure façon de vivre une expérience décevante et anti-écologique.
Imaginez la scène, décrite sans fard par le blog de voyage Overglobe : « Sur la plage d’El Nido il y a entre 100 et 200 bateaux qui n’attendent qu’une chose, partir faire des tours. Vous imaginez bien qu’il y a très peu de chance d’être tranquille ». Vous vous retrouverez à faire du snorkeling au milieu de dizaines d’autres personnes, dans un ballet incessant de gilets de sauvetage orange, avec le bruit des moteurs de « bangkas » en fond sonore. Cette concentration humaine stresse la faune, abîme les coraux fragiles et transforme un moment de communion avec la nature en une simple attraction de parc aquatique.

L’alternative ? L’intelligence de l’itinéraire. Refusez le prêt-à-porter touristique et optez pour le sur-mesure. Voici comment :
- Privatisez un bateau : C’est plus cher qu’un tour groupé, mais à plusieurs, le coût devient raisonnable. L’avantage est immense : vous partez quand vous voulez, vous pouvez demander à votre capitaine de faire l’itinéraire « à l’envers » pour éviter la foule, et de s’attarder sur des sites moins connus mais tout aussi beaux.
- Partez plus tôt ou plus tard : La plupart des tours partent entre 9h et 10h. En partant à 7h30, vous aurez les lagons pour vous seul pendant une heure ou deux. Une expérience magique.
- Explorez en kayak : Louer un kayak pour la journée vous donne une liberté totale. Vous pourrez vous faufiler dans des criques inaccessibles aux bateaux à moteur et découvrir vos propres lagons secrets, dans un silence absolu.
L’alternative tranquille : Port Barton
Si l’agitation d’El Nido vous effraie, une solution existe : Port Barton. Ce petit village de pêcheurs, situé à mi-chemin entre Puerto Princesa et El Nido, offre une vision de ce qu’était Palawan avant le tourisme de masse. Ici, les tours en bateau sont moins nombreux, l’ambiance est plus détendue, et il est encore possible de trouver une plage déserte. C’est une excellente option pour ceux qui cherchent l’authenticité et un tourisme où l’agriculture, la pêche et l’accueil des visiteurs se mêlent encore harmonieusement.
Quand se protéger contre les moustiques (Dengue) et faut-il un traitement préventif ?
Un voyageur averti en vaut deux. Au-delà de la beauté des paysages, il faut être conscient des risques sanitaires, même s’ils sont faibles. À Palawan, comme dans de nombreuses régions tropicales, le principal risque est lié aux moustiques, et plus particulièrement à la dengue. Il est important de comprendre que, contrairement au paludisme, il n’existe pas de traitement préventif (prophylaxie) contre la dengue. La seule et unique protection est d’éviter les piqûres.
Le moustique-tigre, vecteur de la dengue, a une particularité : il pique principalement pendant la journée, avec des pics d’activité au lever du soleil et juste avant le crépuscule. La protection ne doit donc pas se limiter à la nuit. Voici les gestes essentiels à adopter :
- Utilisez un répulsif cutané efficace : Choisissez des produits contenant du DEET, de l’Icaridine ou du PMD (Citriodiol), reconnus pour leur efficacité. Appliquez-le sur toutes les parties découvertes de votre corps, et renouvelez l’application toutes les quelques heures, surtout après une baignade.
- Portez des vêtements couvrants : Privilégiez les vêtements longs, amples et de couleur claire, surtout lors de randonnées en forêt ou en fin de journée. Vous pouvez également imprégner vos vêtements d’un produit insecticide spécifique.
- Dormez sous une moustiquaire : La plupart des hébergements en sont équipés. Assurez-vous qu’elle est en bon état et bien bordée sous le matelas.
En cas de fièvre, de maux de tête intenses ou de douleurs musculaires, consultez rapidement un médecin sur place. Surtout, ne prenez pas d’aspirine ou d’anti-inflammatoires (type Ibuprofène), qui peuvent aggraver les symptômes en cas de dengue. Privilégiez le paracétamol. Avant votre départ de Suisse, une consultation auprès de votre médecin traitant ou dans un centre de médecine des voyages est fortement recommandée pour faire le point sur vos vaccins et recevoir des conseils personnalisés.
Se protéger, c’est aussi un acte de respect envers l’écosystème que l’on visite. Les Philippines abritent une biodiversité phénoménale, avec plus de 50 000 espèces animales et végétales, dont un tiers est endémique. En prenant soin de sa propre santé, on s’assure de pouvoir profiter pleinement et respectueusement de cette incroyable richesse naturelle, sans devenir un fardeau pour les structures médicales locales.
Au-delà de vos actions : l’illusion du « bungalow écologique »
En tant que voyageur conscient, vous faites attention à vos gestes : vous utilisez une crème solaire respectueuse, vous ne laissez aucun déchet derrière vous, vous choisissez des tours responsables. Mais il y a une dimension de l’impact touristique plus difficile à percevoir : celle des infrastructures qui vous accueillent. L’appellation « éco-lodge » ou « resort durable » est parfois utilisée à tort et à travers, relevant davantage du greenwashing que d’un réel engagement.
Un véritable hébergement écologique à Palawan ne se contente pas de proposer des draps en coton bio. Il doit répondre à des défis bien plus grands. La gestion de l’eau, par exemple, est un enjeu crucial sur une île. Un resort qui puise sans compter dans la nappe phréatique pour alimenter sa piscine et offrir des douches à rallonge à ses clients prive les communautés locales d’une ressource vitale. De même, la gestion des eaux usées est fondamentale : sont-elles traitées avant d’être rejetées ou finissent-elles directement dans la mer, polluant les récifs que l’hôtel prétend protéger ?
La construction elle-même est un point à interroger. Un bungalow en bambou peut sembler écologique, mais si sa construction a nécessité de défricher une parcelle de mangrove, l’un des écosystèmes les plus importants pour la protection des côtes et la nurserie de nombreuses espèces de poissons, le bilan est négatif. Les matériaux utilisés, même s’ils semblent « naturels », peuvent être traités avec des produits chimiques nocifs. Il est essentiel de questionner l’origine des matériaux et la philosophie globale de l’établissement.
Alors, comment faire le bon choix ? Il n’y a pas de recette miracle, mais des pistes de réflexion. Privilégiez les petites structures familiales, souvent plus intégrées dans le tissu local et plus soucieuses de leur environnement direct. Posez des questions aux propriétaires : comment gérez-vous vos déchets ? D’où vient votre eau ? Soutenez-vous des projets communautaires ? Un hôtelier véritablement engagé sera fier de vous répondre. Méfiez-vous des grandes chaînes internationales qui appliquent un vernis écologique sur un modèle d’affaires fondamentalement extractif.
À retenir
- Le voyageur responsable n’est pas un consommateur passif mais un gardien actif de l’écosystème visité.
- La protection des récifs passe par des choix concrets : crème solaire minérale, maîtrise de sa flottabilité en plongée et refus des tours de masse.
- L’expérience la plus riche se trouve souvent hors des sentiers battus, en privilégiant l’authenticité et le contact avec les communautés locales.
Pourquoi le corail blanc n’est pas « propre » mais mourant (et comment le signaler) ?
Sous l’eau, vous pourriez être émerveillé par la vision d’un massif de corail d’un blanc pur, le prenant pour un signe de propreté ou une curiosité naturelle. C’est une erreur tragique. Le corail blanc est un corail malade, en train de mourir. Ce phénomène, appelé « blanchissement corallien », est le symptôme le plus visible de la détresse des océans. Il se produit lorsque le corail, stressé (principalement par le réchauffement de l’eau, mais aussi par la pollution chimique), expulse les zooxanthelles. Ce sont ces algues unicellulaires qui vivent dans ses tissus, lui fournissent jusqu’à 90% de son énergie par photosynthèse et lui donnent ses couleurs éclatantes. Sans elles, le squelette calcaire blanc du corail apparaît. Le corail n’est pas encore mort, mais il est affamé et extrêmement vulnérable. S’il n’est pas secouru à temps, il mourra.
L’enjeu est planétaire. Les récifs coralliens, qui ne couvrent que 1% du fond des océans, sont le refuge de 25% de toutes les espèces marines. Leur disparition entraînerait un effondrement de la biodiversité marine aux conséquences catastrophiques. En tant que plongeur ou snorkeler, vous êtes un témoin privilégié de l’état de santé des récifs. Et vous pouvez transformer ce témoignage en action concrète.
Vous pouvez devenir un « plongeur-scientifique » en participant à des programmes de science citoyenne. L’un des plus accessibles est CoralWatch, un projet de l’Université du Queensland. Il vous permet de contribuer au suivi de la santé des coraux dans le monde entier, simplement à l’aide de votre appareil photo et d’une application. C’est un moyen incroyablement puissant de donner un sens plus profond à vos plongées.
Votre guide du touriste « Citizen Scientist »
- Télécharger l’application : Avant votre départ, installez l’application « CoralWatch » sur votre smartphone.
- Observer et photographier : Lors de vos plongées ou de votre snorkeling, si vous observez des coraux blanchis, prenez une photo claire en activant la géolocalisation.
- Identifier la couleur : L’application vous fournit une charte de couleurs. Comparez la couleur du corail observé avec la charte pour évaluer son état de santé.
- Noter les informations : Relevez la date, l’heure et la profondeur de votre observation.
- Soumettre vos données : Envoyez vos observations via l’application. Ces données précieuses aideront les scientifiques à cartographier le blanchissement corallien et à mieux comprendre le phénomène pour tenter d’y remédier.
Comment observer les tortues et requins sans perturber leur écosystème fragile ?
La récompense ultime d’un voyageur respectueux est la rencontre magique avec la grande faune marine : une tortue verte broutant paisiblement, un requin de récif patrouillant son territoire. Ces moments sont ce que nous cherchons tous. Mais pour qu’ils restent magiques, tant pour nous que pour les animaux, il est impératif de suivre un code de conduite strict. L’objectif n’est pas de « prendre » une photo à tout prix, mais de s’intégrer en tant qu’observateur discret dans leur monde.
Le principe de base est simple : c’est vous l’invité. Votre présence est une potentielle source de stress. Voici les règles d’or à ne jamais transgresser :
- Gardez vos distances : La règle des 3 mètres est un minimum absolu. Ne pourchassez jamais un animal pour obtenir une meilleure photo. Laissez-le venir à vous s’il le souhaite. S’il s’éloigne, c’est le signal que votre présence le dérange. Respectez-le et n’insistez pas.
- Ne touchez jamais : Cela peut sembler évident, mais la tentation est parfois forte. Toucher une tortue peut lui transmettre des maladies et endommager le mucus protecteur sur sa carapace. Toucher le corail le tue.
- Maîtrisez votre flottabilité et vos palmes : Un plongeur qui maîtrise sa flottabilité est comme un satellite en orbite : il observe sans interagir. Un coup de palme malheureux peut détruire en une seconde des décennies de croissance corallienne ou stresser un animal qui se repose.
- Ne nourrissez pas les animaux : Le « feeding » modifie le comportement naturel des poissons, les rend dépendants et agressifs, et perturbe l’équilibre de l’écosystème. Refusez systématiquement les excursions qui le proposent.

Choisir un opérateur qui partage cette philosophie est fondamental. Des entreprises comme Nativ’Exploration à Palawan ont construit leur modèle sur cette approche. Comme ils le disent eux-mêmes, leur but est d’offrir « une expérience unique, axée sur le tourisme responsable, permettant de vraiment se connecter avec la nature ». Cette connexion ne peut exister que dans le respect mutuel. En choisissant ces acteurs, vous votez avec votre portefeuille pour un tourisme qui protège ce qu’il montre.
En fin de compte, la plus belle interaction est celle où l’animal vous ignore, continuant sa vie comme si vous n’étiez pas là. C’est le signe que vous avez réussi à vous faire accepter, à devenir une simple ombre de passage dans leur univers. Et ce souvenir-là est bien plus précieux que n’importe quel cliché.
Votre voyage à Palawan peut être bien plus qu’une simple parenthèse exotique. En appliquant ces principes, de la préparation de vos bagages en Suisse jusqu’à votre dernier palmage dans les eaux philippines, vous ne serez plus un simple touriste, mais un allié de cet écosystème. Planifiez votre aventure non pas comme une checklist de sites à voir, mais comme une mission : celle de laisser ce paradis dans un état encore meilleur que celui dans lequel vous l’avez trouvé.